Irak : pour une
solidarité internationaliste
9
juin 2004 - Imprimer –
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Les informations
qui nous parviennent d’Irak passent par le prisme déformant des médias et des gouvernements. Il est
difficile de se faire une
idée claire de l’état d’esprit qui règne dans la société irakienne. Il est néanmoins possible de se faire une
idée générale de la situation, en s’informant,
même sommairement, sur la situation concrète de la
population, et sur les différentes
forces sociales qui tentent
de s’imposer dans le pays.
Les
forces déterminantes actuellement
sont au nombre de deux : d’un côté, l’impérialisme américain, appuyé sur un puissant appareil militaire, économique, et propagandiste ;
de l’autre, les résurgences
baassistes et l’islamisme
qui, aléatoirement, s’attaquent
aux troupes américaines ou collaborent avec elles, et qui commencent à être,
ou redevenir, véritablement puissants dans le pays. En exploitant la colère légitime de la population,
mais aussi les préjugés obscurantistes d’une partie d’entre
elle, ils
sont capables d’imposer leur loi dans différentes
régions du pays. Ils ne sont cependant pas acceptés par la majorité. (Un récent sondage
dit que seulement
25% des gens, dans le sud shiite, souhaitent
un état théocratique).
Il est
vain d’opposer abstraitement
ces deux camps, car ils ont en commun
de défendre chacun une société d’exploitation
et d’oppression, et qu’ils sont liés par leurs
conceptions racistes, sexistes,
et intégristes. Baassisme, islamisme et impérialisme
sont des phénomènes idéologiques et pratiques liés au mouvement général du capitalisme
et à son développement inégal, et du côté
de sa défense.
Entre ces
deux pôles, la grande majorité des partis politiques et courants religieux collaborent ouvertement, par l’intermédiaire du Conseil provisoire de Gouvernement, avec les forces d’occupation
coalisés dirigés par les
U.S.A. Le Parti Communiste Irakien, les dignitaires chiites officiels, les nationalistes kurdes proaméricain, les forces tribales,
participent à ce gouvernement, dont le but officiel est de se transformer progressivement
en "autorité souveraine
du peuple irakien", après le passage formel du pouvoir
prévu à brève
échéance par le gouvernement
américain.
Toutes ces
forces et tous ces partis partagent, dans les grandes lignes, un même programme :
division de la société irakienne
selon des critères ethniques et religieux, reconnaissance
de la religion comme source de la loi,
oppression des femmes, intensification de l’exploitation
capitaliste.
La
lutte entre ces différentes factions capitalistes, cléricales et impériales, que l’on peut tenter
de déchiffrer dans les
imbroglios de la presse quotidienne,
ne doit pas nous faire oublier une donnée fondamentale : l’existence, en Irak, d’un nombre significatif de prolétaires combatifs, donnée qui s’est exprimé notamment dans la puissante insurrection
des Conseils ouvriers (shuras) de 1991, dans l’est et le nord du pays, réprimée brutalement par la dictature baassiste. (On estime
le nombre de morts à plusieurs centaines
de milliers).
La
désertion massive de l’armée
irakienne aux ordres de
Saddam, qui a provoqué la chute immédiate
du régime lors de l’attaque américaine, prouve que la grande masse de la
population n’est pas prête à subordonner sa
survie à une quelconque "défense nationale", dirigée par des groupes bureaucratiques ou religieux aux intérêts bien spécifiques, qui ne peut servir
qu’à une fraction capitaliste, et engendrer une issue sanglante.
A
l’inverse, c’est sur le terrain de la défense de ses intérêts
immédiats que la population
a choisi de s’exprimer. Un puissant mouvement de sans-emploi, des manifestations féministes
relativement massives (plus
de 1000 personnes à
Syndicalement, cette combativité s’exprime, par exemple, par la création de la fédération des syndicats et des conseils ouvriers, ainsi que par l’apparition de crises au
sein de la fédération syndicale historique, contrôlée par la bureaucratie du Parti Communiste
Irakien - ’stalinien’. Du point de vue féministe, l’Organisation pour la
liberté des femmes semble
la structure la plus nombreuse et la plus radicale, elle est implantée notamment
dans les quartiers pauvres et les bidonvilles de Bagdad.
Si ces
organisations doivent leur
existence, avant tout, à l’activité spontanée de la
population - c’est très net
pour le mouvement des chômeurs -,
elles ont été impulsé en partie par les militants du Parti Communiste-Ouvrier d’Irak - à différencier
du Parti Communiste officiel -, qui
se situe idéologiquement dans la tradition du communisme de conseil, axé sur le pouvoir
direct des assemblées générales
et le refus du nationalisme et du capitalisme d’Etat.
Cette réalité
de luttes ouvrières et féministes est largement occultée dans les pays occidentaux, par
les médias, mais aussi par une partie
de la gauche et de l’extrême-gauche prisonnière de schémas manichéens et ethnicistes, et tentés par l’alliance avec la
"résistance" nationaliste ou religieuse. (Rifondazionne Communista, avec une partie de la LCR, sont par exemple sur cette ligne).
Il nous
a semblé utile d’apporter
un soutien à ces organisations irakiennes, non
que nous soyons forcément d’accord avec l’ensemble de leur orientation, mais parce que nous
pensons que c’est une question de principe, qui a aussi une importance pratique. Leur combat a lieu dans des
conditions très difficiles,
et notre poids
peut jouer, ne serait-ce qu’un
peu, pour éviter une nouvelle catastrophe réactionnaire
et arrêter le génocide en Irak. Une issue progressiste dans ce pays serait, inversement, un formidable encouragement pour les luttes, au niveau international,
et pour les populations du Moyen
Orient, une impulsion pour secouer
le joug des régimes théocratiques, bureaucratiques et
néo-coloniaux qui se partagent
la région.
C’est pour
toutes ces raisons que nous avons
formé, en liaison avec des groupes
de
Collectif Solidarité-Irak Lyon
Pour
nous contacter :
solidirak.lyon@no-log.org
www.solidariteirak.org